Sur les traces Corradongue (le site du livre)

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Les balades de Solenne

Les balades de Solenne


Tome I: La quête du Corradongue.

Extrait II: Kraaken



Jusqu’à présent, ils commandaient et les Smirniens exécutaient. Jusqu’à présent, il était un mercenaire à la solde des Santhes, mais cette fois, les Santhes étaient incapables de reprendre quoi que ce soit en main. La situation les dépassait. Le Kraaken observait. Il attendait. Il ne pouvait rien faire tant que la vie de sa fille restait menacée. La patience était une de ses grandes qualités. Cela avait le don d’énerver son entourage et surtout sa fille. Elle avait une tendance instinctive à foncer et à réfléchir après. Zyrielle … sa fille … son unique raison de vivre. Il se gardait bien de lui dire qu’il éprouvait une immense fierté envers elle. Ces sentiments ne pourraient que les affaiblir, lui et elle.
Son œil averti avait reconnu sur les écrans de surveillance les hommes de Zyrielle. Il était en colère. Une fois de plus, elle lui avait désobéi. Elle avait quitté la sécurité pour venir se fourrer dans la gueule du loup. Mais y avait-il encore un seul endroit qui soit sûr dans ce système ? Sa fille n’était pas dénuée de bon sens !
Comme toujours, lorsqu’il pensait à Zyrielle, les marques du temps s’accentuaient sur son visage. Les rides étaient d’autant plus visibles que le Kraaken était un homme grand et maigre. Sa fille était la seule à pouvoir l’accabler de la sorte.
Qu’a-t-elle en tête ?
Il l’avait élevée de la seule manière qu’il connaisse, en guerrière. Il avait fait d’elle la meilleure combattante que Smirne ait jamais connue. Les Smirniens étaient formés aux arts de la guerre dès leur plus jeune âge. Les chromosomes de Zyrielle avaient fait le reste. Sa tâche de père s’était compliquée à l’adolescence lorsqu’elle s’était rebellée. Il n’avait pas eu le courage de la châtier comme il l’aurait fait avec un de ses hommes. C’est à ce moment que le lien s’était coupé entre eux. Années après années, l’esprit rebelle de Zyrielle avait pris le dessus. Elle était devenue incontrôlable. Incontrôlable n’était peut-être pas le mot, Zyrielle était devenue indépendante. Elle était meilleure guerrière que lui. D’un geste, elle aurait pu le maîtriser ou le tuer. Pas une seule fois lors de leurs disputes quotidiennes, elle n’avait levé la main sur lui. L’inverse n’avait pas toujours été le cas. Il s’en rendait compte, il était arrivé au bout de ce qu’il pouvait lui enseigner. Zyrielle devait progresser mais cette tâche était désormais au-delà de ses capacités de père.
Les quelques systèmes du Corradongue que les Santhes étaient parvenus à contrôler étaient paralysés. Cette panne était trop inopportune pour être due au hasard. Un vaisseau militaire comportait de multiples redondances et une telle panne ne pouvait se justifier qu’en cas de graves avaries ce qui n’était pas le cas, du moins pas encore. Il fallait des semaines d’études minutieuses pour obtenir un tel résultat. Zyrielle était derrière tout cela, il en était certain, et, une fois de plus, il admirait son ingéniosité.
Un vent de panique avait soufflé à bord lors de l’apparition de la flotte impériale. Une partie des Santhes avaient déserté leur poste. Un peu partout sur le vaisseau, les civils comme les militaires tentaient de rejoindre les chaloupes de sauvetage ou le bras de service qui reliait le vaisseau à Spréotas. Ils ne se rendaient pas compte que si les impériaux détruisaient le Corradongue, ils détruiraient également l’astéroïde.
Le Kraaken voyait sur l’écran central les vaisseaux adverses prendre leur formation. Les Colossus s’alignaient comme à la parade. Ils savaient que le Corradongue était sans défense et ils ne prenaient aucune précaution pour l’attaque.
Ma fille, quoi que tu aies imaginé, j’espère que tu sais ce que tu fais.
La seule initiative valable des Santhes, la suggestion était venue d’un officier smirnien, avait été de laisser les Smirniens regagner leurs postes de combat. Mais leurs vaisseaux resteraient bloqués dans les soutes tant que durerait la panne.
Un signal lumineux apparut sur sa console. Sans surprise, il reconnut le Code d’authentification de Zyrielle. Il jeta un coup d’œil discret autour de lui. Il était le seul à recevoir le signal. Il bascula son communicateur sur son cou afin d’utiliser les vibrations de son larynx pour parler de façon discrète, le traducteur convertirait ses signaux en paroles à l’autre bout de la ligne. Lui, lirait sur les lèvres de sa fille. Leur dernière communication s’était soldée par une dispute et, comme chaque fois, il regrettait de s’être laissé emporter. Il avait hâte de la revoir. Un dernier regard autour de lui montra que les Santhes restés à leur poste étaient absorbés par ce qui se passait à l’extérieur du vaisseau. Discrètement, il effleura la touche. Une jeune femme apparut sur l’écran. Ça n’était pas sa fille mais elle portait ostensiblement une bague, la bague de Zyrielle ! La colère monta en lui ! Qu’était-il arrivé à sa fille ? Il faillit hurler mais le mode de communication qu’il avait choisi ne lui donnait pas ce luxe. Son interlocutrice coupa court.
« J’ai un message de la part de votre fille … »
Le Kraaken reprit le contrôle de ses nerfs et se concentra sur le message. Lorsque Solenne eut terminé, une impression depuis longtemps oubliée l’envahit. Ça n’était pas ce qu’elle avait dit qui le tourmentait, c’était plutôt ce qu’elle n’avait pas dit. C’était ce qu’il voyait dans le visage de cette femme lorsqu’elle parlait de sa fille. Au plus profond de lui-même, il savait ce qui lui restait à faire, en attendant, il fallait gagner du temps.
« Je vous demande de me faire confiance. Je ne peux rien faire d’ici. Commandez l’ouverture des portes des soutes, c’est notre seule chance d’éviter la destruction totale. »
Ça n’était pas dans les habitudes du Kraaken de demander mais il devait être suffisamment persuasif pour convaincre son interlocutrice. Quelqu’un s’approchait, il interrompit la liaison. Il espérait qu’elle ferait ce qu’il lui avait demandé. Même s’il était trop tard, cela permettrait à ses hommes de mourir au combat.


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